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Nucléaire : Soyons sérieux

nuclaire_non_merciLe débat sur l'avenir de la filière nucléaire en France manque de rigueur et d'arguments chiffrés. Il faut, estime Ludovic Deblois, que ceux qui défendent le maintien du modèle énergétique actuel fassent un effort de précision.

5-12-2011

Nucléaire : Soyons sérieux

 

 

Chronique - Le débat sur l'avenir de la filière nucléaire en France manque de rigueur et d'arguments chiffrés. Il faut, estime Ludovic Deblois, que ceux qui défendent le maintien du modèle énergétique actuel fassent un effort de précision.

 

Un Français sur deux se dit inquiet à l’égard des centrales nucléaires, si l’on en croit l’étude Ifop lancée le mois dernier par Sud-Ouest dimanche. Pourtant, tout le monde ne s’accorde pas encore à dire qu’il est nécessaire de diversifier l’offre énergétique.

Pour ma part, comme j’ai pu le dire à travers différentes tribunes, je milite, comme beaucoup de Français, pour la construction d’un bouquet énergétique composé de solutions plus écologiques et plus sûres avec un renforcement de centrales décentralisées aujourd’hui peu représentées. Avec une telle feuille de route, il n’y a aucun dogmatisme et il y a la place pour une multitude de solutions.

Vous êtes encore nombreux à refuser la mixité énergétique pour des raisons dont les illustrations et argumentations restent à mon sens encore peu précises. Il est temps que vous nous démontriez les fondements de votre choix.


 

 Un coût du kWh plus faible… démontrez-le nous

Le faible prix de vente de l’énergie nucléaire constitue un des arguments mis en avant pour favoriser son maintien ou sa progression. Quel est son prix de vente ? Comment est-il calculé ? La méthode de calcul du coût du kWh des alternatives renouvelables est parfaitement connue. Il serait intéressant que nous ayons le même niveau d’information sur les règles de calcul concernant l’atome. Nous pourrons ainsi nous assurer qu’il prend en compte : l’extraction de l’uranium, la maintenance des centrales ou leur démantèlement et la gestion des déchets. Nous vérifierons aussi que la probabilité d’un accident et son coût économique éventuel est associée grâce à des règles statistiques. Nous pourrons ainsi comparer toutes les formes d’énergie à périmètre égal. Il conviendra bien entendu d’intégrer le niveau de subvention affecté au développement ou à l’innovation de la filière nucléaire par rapport aux attributions dont ont pu bénéficier les autres solutions.


 

 Des emplois menacés… démontrez-le nous

La chute de l’export et la menace de la perte d’un million d’emplois ont été évoquées ces derniers jours. Sur le premier point, il est essentiel de corréler ces propos avec une étude macro-économique sur le secteur de l’énergie et de s’assurer que les pays étrangers ne réduisent pas leur intérêt pour le nucléaire suite à l’accident de Fukushima. Par ailleurs, de grands pays comme la Chine et les États-Unis misent sur une mixité énergétique grâce aux énergies renouvelables, il s’agit d’un marché potentiel pour la France. A-t-il été sérieusement estimé ? Concernant l’impact négatif sur l’emploi, est-ce que les chiffres annoncés ont été accompagnés d’une évaluation des entreprises et des nouveaux métiers qui seraient créés si des efforts financiers étaient portés sur d’autres formes d’énergie ? Si oui, peut-on avoir le résultat de cette étude ? Certains disent que cinq cent mille emplois seront créés grâce au développement des énergies renouvelables. Il est essentiel de savoir si c’est plus ou moins.


 

 La seule alternative pour éviter une hausse des émissions de CO2… démontrez-le nous

Lorsque nous avons lancé la filière nucléaire en France, nous y avons cru et nous avons mis les efforts nécessaires sur la recherche. Qu’en serait-il aujourd’hui si nous décidions de mettre nos efforts sur une énergie renouvelable, peu émettrice de CO2 et à bas coût ? Dans un pays d’inventeurs et de technologues, il est difficile de croire que nous n’aurions pas les solutions. Croyez-vous encore à cette spécificité française qui a permis de bâtir des innovations de rupture ? Si oui, il est difficile d’entendre les arguments qui freinent le développement d’une mixité énergétique alors qu’elle nous permettra de gagner en autonomie puisque nous ne serons plus liés à une seule solution. On voit aujourd’hui les conséquences regrettables d’une dépendance. La seule évocation d’un changement perturbe.


 

 Une énergie écologique et renouvelable… démontrez-le nous

La rareté des ressources et l’état de notre planète nous obligent à dessiner une feuille de route respectueuse de l’environnement. Cette position semble faire l’unanimité. Est-ce que les entreprises du nucléaire poursuivent cet objectif ? Si oui, comment prévoyons-nous d’extraire l’uranium et de stocker nos déchets à l’avenir sans risque pour les espèces et la nature ? Il est fondamental que nous connaissions les différentes options à ce sujet, notamment s’il est question de maintenir l’énergie nucléaire à son taux de représentation actuel.


 

 Une solution sûre et pérenne… démontrez-le nous

Ce point, même s’il est relayé au second rang, doit rester essentiel, principalement pour garantir une rigueur intellectuelle dans l’évaluation de nos choix futurs. Dans une approche purement économique, nous pourrions décider de prendre des risques et de connaître la probabilité que des événements malheureux se produisent. Encore faut-il que leurs éventuelles apparitions soient prises en compte dans notre estimation des coûts du kWh, des conséquences sur la santé et les dépenses associées, et des impacts économiques ou environnementaux. Nous avons à présent un sérieux retour d’expérience dans plusieurs régions du globe qui doit nous permettre de dessiner une cartographie des scénarios possibles. De la même manière que certaines entreprises intègrent une comptabilité environnementale pour prendre en compte la rareté des ressources, il est fondamental que les risques d’accident soient intégrés dans vos réflexions sur l’équilibre énergétique.

 

En ce moment, nous entendons beaucoup de généralités et d’approximations du type : « il est trop tard pour changer », « la France s’est trop engagée dans la filière nucléaire ». Nous pouvons l’entendre en tant que citoyens, mais encore faut-il savoir quelles sont les bases sérieuses qui animent votre choix. Je considère qu’à ce jour nous n’avons pas suffisamment d’analyses et les futures élections présidentielles semblent le bon moment pour vous, Mesdames et Messieurs, acteurs ou défenseurs de la filière du nucléaire, de nous exposer, en toute transparence, les bases qui permettent de construire votre raisonnement et votre positionnement. C’est un débat qui dépasse les rivalités entre la droite et la gauche, mais concerne chaque habitant de notre pays.

 

Merci d’avance pour la rigueur que vous mettrez dans vos réponses aux citoyens français.


 

Le rédacteur :
Ludovic Deblois

Ludovic Deblois est le cofondateur et président de Sunpartner. Il milite pour le développement de l’énergie solaire.

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Fédération pour une Alternative Sociale et Écologique de Seine-Maritime     

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