8 février 1962. « Le savoir faire de la police » faisait 9 morts à PARIS
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- Catégorie : Libre expression
- Publié le 14 février 2011
Madame la ministre ALLIOT MARIE en proposant à BEN ALI de lui apporter le « savoir faire de la police Française en matière de maintien de l’ordre » avait certainement en référence les événements du 8 février 1962 et ceux du 17 octobre 1961.
André GENOT
5 rue Louis BRAILLE
30600 VAUVERT
TEMOIGNAGE-MEMOIRE
8 février 1962. « Le savoir faire de la police » faisait 9 morts à PARIS
Il ne faut pas oublier.
Madame la ministre ALLIOT MARIE en proposant à BEN ALI de lui apporter le « savoir faire de la police Française en matière de maintien de l’ordre » avait certainement en référence les événements du 8 février 1962 et ceux du 17 octobre 1961.
Retour en arrière :
De 1955 à 1957 avant d’être appelé malgré moi et avec des milliers de jeunes du contingent « à maintenir l’ordre en ALGÉRIE », j’avais de nombreuses fois manifesté avec la jeunesse communiste pour exiger la paix et refuser l’envoi du contingent sur le sol Algérien.
Nous étions si peu nombreux que la police nous dispersait rapidement.
À mon retour en 1961, les manifestations sous différentes formes étaient plus nombreuses, plus massives et plus unitaires.
Elles exigeaient toujours LA PAIX en ALGERIE mais elles dénonçaient également les attentats de l’ O A S qui n’hésitait pas à faire exploser aveuglément des bombes dans PARIS.
Le 7 mars 1962 les factieux faisaient déferler une vague d’attentats visant des personnalités ou frappant au hasard.
Une charge de plastic posée au domicile du ministre André MALRAUX allait défigurer la petite Delphine RENARD. C’était affreux de voir dans la presse le visage ensanglanté de cette petite fille de 4 ans.
En riposte, le 8 février une manifestation était organisée en soirée par la CGT, la CFTC, le SNI, la FEN le mouvement de la Paix, le Parti Communiste, la JC et le PSU.
Nous devions nous regrouper à 18h30 à la BASTILLE.
Le préfet de police PAPON et le ministre de l’intérieur Roger FREY avaient interdit la manifestation si bien qu’au dernier moment, la BASTILLE n’étant pas accessible, 5 cortèges différents s’étaient constitués.
Je me trouvais à proximité de la gare de LYON. Nous étions nombreux et déterminés.
Les mots d’ordre étaient « PAIX en ALGERIE », « OAS = FASCISME »
L’objectif était de converger vers la BASTILLE lieu hautement symbolique.
Les CRS ont chargé avec une violence inouïe. Les coups de matraques tombaient comme grêlons. C’était un nouvel équipement appelé « bidule ». Une de mes épaules s’en souvient encore.
Après la dispersion forcée j’ai erré dans le secteur.
Il y avait de nombreux blessés et la route était jonchée de chaussures, de sacs à main et de bien d’autres objets.
Je suis rentré chez moi en banlieue. A la radio, les informations faisaient état des manifestations et annonçaient des morts au métro CHARONNE.
Le lendemain matin l’Humanité et Libération étaient censurés. On allait très vite apprendre que la répression policière commandée par PAPON avait fait huit morts et 250 blessés dont un dans un coma profond et qui allait décéder de ses blessures deux mois plus tard.
9 morts, tous militants de la CGT et dont 8 étaient membres du Parti Communiste Français.
Ce n’est pas sans signification.
Le 13 février, jour des obsèques, la foule se rassemblait nombreuse et recueillie devant la bourse du travail. Je m’étais mis en grève pour être présent malgré les pressions de l’ingénieur chef du bureau d’études, centralien qui ne brillait pas par son humanisme.
Un long cortège d’un million de personnes allait remonter jusqu’au cimetière du père LACHAISE derrière les immenses portraits des victimes portés par leurs camarades.
Une foule énorme, émue aux larmes, silencieuse et consciente de l’importance historique du moment. En effet, des pourparlers étaient engagés à EVIAN avec le gouvernement provisoire de la République Algérienne depuis le 20 mai 1961.
PAPON avait frappé à CHARONNE pour empêcher que le peuple intervienne pour un aboutissement rapide des accords de paix.
LE 19 mars les accords d ’ EVIAN étaient signés et c’était l’appel au cessez le feu.
Les morts de CHARONNE ont marqué de leurs noms cette longue lutte pour la paix en ALGERIE.
Il ne faut pas oublier ces dramatiques événements auxquels il faut ajouter ceux du 17 octobre 1961. Ce soir là, PAPON lançait ses unités spéciales contre les Algériens qui manifestaient à l’appel du FLN.
Officiellement on ne parlera pas des morts tombés sous les coups de la police française ce 17 octobre.
Ils furent nombreux. On parle de 400 morts et de milliers de blessés.
La Seine charriait des corps mais on ne saura jamais.
Depuis 1962, l ’ Etat français garde le secret et refuse de reconnaître que sa responsabilité est engagée dans la tuerie d’octobre 1961 et celle du 8 février 1962 à CHARONNE. Ces deux événements dramatiques ne peuvent pas être dissociés.
Et PAPON, ce collaborateur, ce salaud qui organisait les convois de la déportation durant la guerre 39 45 en Gironde, avait donné là, à PARIS où il était préfet après avoir été blanchi, l’exemple du « savoir faire en matière de maintien de l’ordre »
A l’assemblée nationale à la question d’un député communiste qui lui demandait en décembre 2010 quelle aide la FRANCE pouvait apporter au peuple Tunisien dans sa conquête de liberté, madame ALLIOT MARIE pouvait dire ; « nous proposons à la TUNISIE le savoir faire de la France en matière de maintien de l’ordre »
N’y a t- il pas motif à s’ INDIGNER et à se REVOLTER ?
Amis et camarades n’oubliez pas.
N’oubliez pas :
Daniel FERY qui avait 14 ans, Anne GODEAU 24 ans, Fany DEWERPE et Suzanne MARTORELL mères de famille, Edouard LEMARCHAND, Jean Pierre BERNARD, Maurice POCHARD, Raymond WINTGENS, Hyppolite PINA qui manifestaient pacifiquement pour la paix en ALGERIE et contre les crimes de l ’ O A S et que la police française a assassinés un soir de 1962 au métro CHARONNE.
Le passé aide à la compréhension du présent et de l’avenir.
C’est un combat pour la mémoire, une lutte contre l’oubli.
André GENOT
VAUVERT le 6 février 2011.





